Le docteur GRZYCH et PROTOSIDE dans la presse pour répondre à l’actualité des détecteurs de protoxyde d’azote à Cannes : extrait de la revue de presse du CHU de Lille du 28/08/2026

Extrait de la session « Avis d’expert » de la revue de presse du CHU de Lille du 28 août 2026 contenant deux articles sur le sujet des détecteurs de protoxyde d’azote utilisés à Cannes.
Que ce soit dans le numéro du 23 août 2026 de Libération (1ᵉʳ article qui suit) ou dans L’Humanité du 25 août 2026 (second article), le docteur Guillaume GRZYCH, président de l’association PROTOSIDE, a répondu aux sollicitations de ces deux journaux en sa qualité d’expert.

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Libération du dimanche 23 août 2026, rubrique santé :

Des détecteurs de protoxyde d’azote pour la police municipale de Cannes : «C’est comme pour l’hydroxychloroquine, on va trop vite»

La mairie de Cannes assure que le dispositif est «très fiable». Depuis vendredi 21 août, ses policiers municipaux disposent de trois détecteurs portables capables de repérer la présence de protoxyde d’azote dans l’air expiré des conducteurs, sur le modèle des éthylotests. Une première en France, alors qu’aucun appareil de ce type n’est à ce jour homologué dans le pays.
L’initiative intervient alors que la consommation récréative de protoxyde d’azote, particulièrement répandue chez les jeunes, inquiète de plus en plus les autorités. Mais sa détection pose un problème particulier : le protoxyde est rapidement éliminé de l’organisme et les méthodes permettant d’établir de manière fiable une consommation récente font encore l’objet de recherches.
Pour Guillaume Grzych, médecin biologiste au CHU de Lille, et président du réseau Protoside, qui travaille depuis plusieurs années sur les effets du protoxyde d’azote et sur les moyens d’en retrouver la trace dans l’organisme, l’utilisation de ces détecteurs sur la route est donc totalement prématurée.

A Cannes, la police municipale a commencé à utiliser des détecteurs de protoxyde d’azote lors de contrôles routiers. Que pensez-vous de cette initiative ?

C’est un coup de com, un effet d’annonce ! Ces détecteurs n’ont pas été évalués dans des conditions scientifiques contrôlées. On peut détecter le protoxyde d’azote, mais on peut aussi ne pas le détecter, et il existe des faux positifs. Ces tests manquent d’évaluations indépendantes et rigoureuses.
Si je caricature, c’est comme pour l’hydroxychloroquine au moment du Covid : on va trop vite. On commercialise des tests qui n’ont pas été évalués de façon suffisamment rigoureuse. Il n’existe pas d’étude scientifique validée et relue par des pairs démontrant pendant combien de temps le protoxyde d’azote reste détectable dans l’air expiré.
Je suis donc très surpris que des sociétés comme l’entreprise française Olythe, qui commercialise ce détecteur, annoncent plusieurs heures de détectabilité [l’entreprise, citée par l’AFP, estime que «cette utilisation en France s’inscrit dans la continuité des évaluations scientifiques, techniques et opérationnelles déjà menées avec différents partenaires et forces de l’ordre en Europe», ndlr].

Pourquoi le protoxyde d’azote est-il particulièrement difficile à détecter ?

C’est un gaz que l’on inspire et qui est éliminé très rapidement. Dans le sang, on est sur une durée de l’ordre d’une quinzaine de minutes. Dans l’air expiré, les études les plus solides montrent une détectabilité de quelques minutes. Ce que l’on retrouve ensuite pourrait correspondre à un résidu alvéolaire, c’est-à-dire du gaz restant dans les alvéoles pulmonaires, mais c’est très fugace.
Surtout, aujourd’hui, on ne maîtrise pas suffisamment la façon dont le protoxyde est absorbé et éliminé. On ne sait donc pas exactement où et quand aller le chercher. Avec ce type de test, il faut finalement tomber au moment où la substance est encore détectable et qu’il n’y ait pas d’interférence.

Un test négatif ne permet donc pas d’affirmer que la personne n’a
pas consommé de protoxyde ?

Exactement. Et il existe aussi des risques de faux positifs. Des interférences ont notamment été rapportées avec la crème chantilly parce que les substances qu’il y a l’intérieur sont relativement similaires au protoxyde d’azote. Je n’irais donc pas confier mon permis de conduire à des tests qui n’ont pas démontré leur robustesse dans des protocoles expérimentaux rigoureux.

Existe-t-il, à l’étranger, des méthodes plus efficaces pour contrôler la
conduite sous protoxyde d’azote ?

Non, il n’y a malheureusement pas aujourd’hui de solution réellement établie. Je dirige le réseau Protoside, qui travaille à l’échelle européenne et également avec les Etats-Unis. Cela fait des années que nous alertons
sur le fait que nous allions avoir un problème avec cette substance, notamment parce qu’elle est très difficile, voire parfois impossible, à détecter.
C’est pour cela que nous travaillons sur une autre piste : plutôt que de chercher directement le protoxyde d’azote, nous essayons d’identifier l’empreinte qu’il laisse dans l’organisme, des signatures biologiques qui
permettraient de disposer d’un marqueur détectable plus longtemps. Nous avons notamment un grand projet européen sur cette question, mais ce sont des recherches qui coûtent plusieurs millions d’euros et qui vont prendre plusieurs années.

En attendant de disposer de tests réellement fiables, que peut-on faire pour lutter contre la consommation de protoxyde, notamment au volant ?

Il ne faut pas agir uniquement par la répression. Ces détecteurs coûtent plus de 1 000 euros l’unité : est-ce que cet argent ne serait pas mieux investi dans la prévention ? C’est ce que nous avons expliqué au ministère de l’Intérieur. Il faut des campagnes d’information et de prévention, notamment auprès des jeunes.

Dans quel cadre cette substance est-elle consommée et par qui ?

La moyenne d’âge des consommateurs qui présentent des complications se situe autour de 18 ans, et nous voyons des consommateurs dès 12 ou 13 ans. Les consommations commencent généralement dans un cadre festif, en groupe, puis peuvent évoluer vers des usages individuels. Certains finissent par consommer seuls chez eux des quantités extrêmement importantes. Le problème est que nous sommes face à une substance qu’on maîtrise encore mal, difficile à détecter et qui a bénéficié d’un marketing extrêmement développé, avec des produits aromatisés par exemple.

Quels sont les risques liés à cette consommation ?

Les conséquences aiguës sont les accidents de la route, les brûlures, les troubles du rythme cardiaque. Lors de consommations répétées, on observe des complications neurologiques, avec notamment des paralysies
motrices, mais aussi des accidents cardiovasculaires comme des thromboses, des troubles psychiatriques et des phénomènes d’addiction.
On observe aussi une grande susceptibilité individuelle : à consommation comparable, certaines personnes développent des complications beaucoup plus importantes que d’autres. Et pour certaines lésions neurologiques, nous avons des patients qui ne récupèrent toujours pas plusieurs années après.

par Cecile Bourgneuf

 

 

L’Humanité du mardi 25 août 2026, rubrique société :

Protoxyde d’azote : à Cannes, David Lisnard équipe sa police municipale de tests sans base légale ni scientifique.

La ville du candidat à la présidentielle expérimente des tests au protoxyde d’azote non homologués lors de contrôles routiers menés par la police municipale de Cannes. Une initiative contestée à la fois par des chercheurs, qui mettent en doute leur fiabilité, et par la LDH, qui questionne les pouvoirs de la police municipale.

« Dans l’attente de la promulgation définitive de la loi Ripost (…) nous choisissons l’anticipation pour protéger. » Le 22 août, David Lisnard, maire de Cannes et candidat à l’élection présidentielle, s’est félicité d’avoir équipé sa police municipale de tests de dépistage du protoxyde d’azote, plus connu sous le nom de gaz hilarant, pour des contrôles routiers. Une « anticipation »qui prend pourtant de vitesse le droit comme la science.

Huit jours plus tôt, le Conseil constitutionnel relevait encore qu’« il n’existe pas de procédé fiable de dépistage du protoxyde d’azote ». Les appareils utilisés à Cannes ne sont pas homologués et leur fiabilité reste contestée. Côté droit, la Ligue des droits de l’homme (LDH) estime qu’une mairie ne peut pas ainsi devancer le cadre national et conteste la compétence de la police municipale pour constater ce nouveau délit.
Depuis le 20 août, les policiers cannois disposent de trois tests OCIN2O, développés par la société française Olythe et « mis à disposition » par la ville. Par spectroscopie infrarouge, ils détectent le protoxyde dans l’air expiré. « Plusieurs dizaines de dépistages » ont été réalisés, selon la mairie, dont deux positifs.

Récompensé au concours Lépine, l’appareil aurait également été évalué en Espagne, en France et au Danemark, assure la ville. Des résultats préliminaires existent à l’université danoise d’Aarhus, mais l’étude complète n’est pas publiée.

« Ce test n’a pas du tout fait ses preuves », tranche Guillaume Grzych, biologiste-chercheur au CHU de Lille et président du réseau Protoside. Dans une synthèse publiée début 2026, lui et une vingtaine de spécialistes ont passé au crible les connaissances sur la détection du protoxyde dans le souffle. Le gaz est éliminé très vite, les mesures varient selon les individus et la façon de souffler, et les données manquent encore pour en tirer une interprétation médico-légale solide.
Autrement dit, détecter une exposition récente ne permet pas encore d’établir de façon fiable qu’un conducteur est toujours sous l’effet du gaz. « On sort des tests alors qu’on ne connaît pas la fenêtre de détectabilité. Je sais bien qu’il y a une urgence, mais on ne peut pas faire n’importe quoi », poursuit Guillaume Grzych.

 

Un cadre juridique gazeux

Le premier contrôle cannois illustre cette difficulté. Testé positif, un automobiliste a dû rester stationné plus d’une heure avant de souffler à nouveau. Cette fois négatif, il a pu repartir. Sur Facebook, David Lisnard revendiquait le choix d’« anticiper » Ripost
et indiquait, dans la foulée, que ses policiers avaient « immobilisé le véhicule le temps que les effets se dissipent ». Mais, interrogée par l’Humanité sur le fondement juridique de cette mesure, la mairie nuance : il n’aurait « pas fait l’objet d’une immobilisation administrative au sens du Code de la route ». Le conducteur aurait seulement été invité à ne pas reprendre
immédiatement la route, tout en étant verbalisé pour « détention et consommation de protoxyde d’azote » sur le fondement de la réglementation municipale. Le grand écart est aussi juridique. Depuis le 20 août, Ripost fait bien de l’inhalation de protoxyde un délit. Mais le nouveau délit routier, puni de trois ans de prison et de 9 000 euros d’amende, ne peut viser que les substances psychoactives inscrites sur une liste fixée par décret en Conseil d’État. Or ce décret, indispensable pour appliquer le dispositif au protoxyde, n’a toujours pas été publié. Pour Nathalie Tehio, présidente de la LDH, une autre faille demeure :
« Aucun article ne donne compétence aux policiers municipaux pour constater ce délit. » La loi exige en outre une consommation « manifeste » : reste à savoir si un test non homologué peut suffire à la caractériser. Pour l’alcool, procédure et appareils sont précisément encadrés ; rien de comparable n’existe encore pour le protoxyde. Quant au détecteur non homologué, « c’est comme un radar non homologué pour flasher les excès de vitesse : ça ne vaut rien », tranche-t-elle.

Si son résultat suffit malgré tout à empêcher un conducteur de repartir, la juriste y voit une atteinte possible à la liberté d’aller et venir. Pour David Saint-Vincent, de la Fédération addiction, Cannes cède surtout à la tentation de « tout régler avec des tests », au détriment de la prévention et du soin.

par Lisa Guillemin

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