Les experts de l’association PROTOSIDE pointent du doigt le manque de données scientifiques validées et les risques de faux positifs lors des contrôles routiers.
Lille, le 25 août 2026
À la suite de l’utilisation ce week-end à Cannes de détecteurs de protoxyde d’azote (N2O) dans
l’air expiré lors de contrôles routiers, PROTOSIDE souhaite rappeler que la lutte contre la
conduite après consommation de protoxyde d’azote est un enjeu majeur de sécurité
routière, mais que les outils utilisés doivent reposer sur des données scientifiques
indépendantes et validées.
Les dispositifs de détection dans l’air expiré constituent une piste intéressante. À ce jour, les
connaissances scientifiques ne permettent cependant pas de leur attribuer la même valeur
qu’un éthylotest.
Faux positifs, faux négatifs et interférences : une fiabilité qui doit encore être
établie.
La mesure du N2O dans l’air expiré est complexe. Les dispositifs portables, notamment ceux
reposant sur la spectrométrie infrarouge, peuvent être soumis à différentes interférences
entrainant des résultats faussement positifs.
À l’inverse, l’élimination très rapide du N2O et la grande variabilité entre individus exposent
également à un risque de faux négatifs : un individu ayant récemment consommé peut ne plus
présenter une concentration détectable au moment du contrôle.
La cinétique et la matrice biologique restent des questions scientifiques
majeures
La durée pendant laquelle une consommation peut être détectée de manière fiable reste
insuffisamment connue. La seule étude disponible a été réalisée sur un très faible effectif et
dans des conditions expérimentales contrôlées, difficilement extrapolables aux situations
rencontrées sur le terrain.
Mais la question ne se limite pas à savoir « combien de temps le N2O reste détectable dans
l’haleine ? ».
Nous devons également déterminer quelle matrice est réellement pertinente et fiable pour
objectiver une exposition récente : air expiré, sang ou éventuellement d’autres matrices
biologiques. À ce jour, aucune stratégie ne permet de répondre simplement et de manière
suffisamment robuste à l’ensemble des contraintes du dépistage routier.
Enfin, contrairement à l’alcool, la concentration de N2O mesurée dans l’air expiré ne permet
actuellement ni de déterminer la quantité consommée, ni de déduire l’intensité des effets
sur le conducteur.

Sensibles aux pertes de contrôle et aux vertiges, les conducteurs sous protoxyde d’azote mettent directement en danger la vie des usagers et la leur.
Des recherches indépendantes sont indispensables.
Des équipes académiques françaises et internationales travaillent actuellement sur ces
questions. Ces recherches nécessitent des protocoles rigoureux, des méthodes analytiques de
référence, des effectifs suffisants et des études réalisées en conditions contrôlées puis en vie
réelle.
Ces travaux sont complexes, coûteux et prennent nécessairement du temps. Mais ce temps
scientifique est indispensable lorsqu’un résultat analytique est susceptible d’être utilisé
dans un contexte de sécurité routière et, demain, médico-légal.
PROTOSIDE appelle donc à soutenir et financer ces recherches indépendantes et à éviter toute
généralisation prématurée de dispositifs dont les performances et l’interprétation ne sont pas
encore suffisamment établies.
« La sécurité routière nécessite de pouvoir objectiver la consommation de protoxyde
d’azote. Mais entre détecter un signal et disposer d’un test fiable, interprétable et
utilisable dans un cadre médico-légal, de nombreuses étapes scientifiques restent à
franchir. Seules des données indépendantes, publiées et validées doivent permettre de
définir les outils de demain, et non les effets d’annonce. »
Référence scientifique : Touzé B, Fabresse N, Denooz R, Milan N, Bossaert C, Denimal D, et
al. Mesure du protoxyde d’azote dans l’air expiré : faisabilité, contraintes physiologiques et
implications pour le dépistage ; analyse critique. Ann Biol Clin. 2026;84(1):1-10.
doi:10.1684/abc.2026.2025.
PROTOSIDE se tient à la disposition des pouvoirs publics et des acteurs de la sécurité
routière pour contribuer à cette démarche scientifique.
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